daphné – Clermont ISFF https://clermont-filmfest.org Festival du court métrage de Clermont-Ferrand | 31 Janv. > 8 Fév. 2025 Mon, 20 Feb 2023 11:00:20 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.5.7 https://clermont-filmfest.org/wp-content/uploads/2017/10/lutin-sqp-1-300x275.png daphné – Clermont ISFF https://clermont-filmfest.org 32 32 Lunch avec Daphne (Daphné) https://clermont-filmfest.org/daphne/ Wed, 25 Jan 2023 11:00:06 +0000 https://clermont-filmfest.org/?p=58487 Entretien avec Tonia Mishiali, réalisatrice de Daphne (Daphné)

Pouvez-vous nous parler de Daphne, le personnage principal, et de ce qui vous a amenée à écrire son histoire ?
Daphne est mère célibataire. Son absence de communication avec son fils, un ado asocial qui s’est fait happer par la technologie, la fait souffrir. Elle est en télétravail à cause des mesures de restriction liées à la pandémie, et n’a donc pas d’autres relations humaines. Elle se sent seule, et par ces temps de couvre-feu et de confinement, elle n’a pas l’occasion de sortir pour rencontrer des gens. Elle s’inscrit donc sur une application de rencontres. C’est mon propre besoin d’expression artistique après avoir été enfermée chez moi si longtemps, ainsi que mon envie de relations humaines, qui m’ont amenée à écrire cette histoire, tout en essayant d’évoquer l’instinct de survie propre à la nature humaine.

Le film se passe pendant le confinement. Était-il important de placer le personnage dans ce contexte précis ?
C’est le thème du film, ce désir désespéré d’amour et de tendresse du personnage. Il était important de placer la placer dans le contexte de la pandémie et des confinements car son désir s’est intensifié pendant cette période, et le sentiment de solitude s’est installé. C’est la solitude qui crée en elle ce besoin désespéré de contact humain.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans la réalisation du film ?
Daphne a été tourné avec peu de moyens (un budget de dix mille euros), car nous n’avions pas de subventions publiques, nous avons donc rencontré beaucoup de difficultés. J’avais écrit le film pendant le confinement, et je voulais le réaliser aussi vite que possible, car j’avais moi-même un grand besoin d’être créative. Beaucoup de collègues et d’amis qui travaillent dans le cinéma m’ont aidée à concrétiser mon projet. Cela m’a pris plusieurs mois, mais j’ai fini par réunir une équipe, et nous avons tourné le film en trois jours, après le troisième confinement. Nous avons été constamment confrontés au manque de moyens, mais grâce à l’enthousiasme de l’équipe, nous avons réussi à boucler le film.

Daphne montre de façon assez crue et réaliste ce besoin de tendresse à l’époque actuelle. Était-il important pour vous de porter ce thème à l’écran ?
La tendresse, c’est une chose dont nous manquons à l’heure actuelle. Nous sommes tellement pris par le boulot, les choses matérielles, que nous ne savons plus communiquer avec les autres, ni exprimer nos sentiments. Il était important pour moi de porter à l’écran ce besoin intense de tendresse, qui transcende le rapport physique. Je voulais souligner le fait qu’à l’heure actuelle, les besoins émotionnels des gens sont inassouvis et que les limites de l’être humain sont mises à l’épreuve – et que lorsque les gens sont mis à l’épreuve sur le plan émotionnel et physique, des comportements nouveaux peuvent surgir de façon inattendue et incontrôlable.

Quel est votre court métrage de référence ?
Wasp d’Andrea Arnold est un de mes courts métrages préférés. C’est film remarquablement bien fait, sur tous les plans, qui parle d’une jeune mère célibataire bien décidée à ne pas laisser ses quatre enfants gâcher une sortie au pub avec un garçon qui lui plaît. C’est le style de cinéma que j’aime.

Que représente pour vous le festival de Clermont-Ferrand ?
Le festival du court métrage de Clermont-Ferrand est le plus grand festival de cinéma dédié au court métrage. Il représente la réussite et la reconnaissance pour tout réalisateur sélectionné sur plus de 8000 candidatures. Nous sommes très honorés !

Pour voir Daphne (Daphné), rendez-vous aux séances de la compétition internationale I5

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Lunch avec Daphné ou la belle plante https://clermont-filmfest.org/daphne-ou-la-belle-plante/ Fri, 30 Jan 2015 23:00:00 +0000 https://www.clermont-filmfest.org/daphne-ou-la-belle-plante/  

Entretien avec Sébastien Laudenbach, co-réalisateur de Daphné ou la belle plante

Les réponses à cet entretien sont apportées par Sébastien Laudenbach, avec l’aval de Sylvain Derosne


la mouche cf 
Comment vous est venue l’idée de réaliser Daphné ou la belle plante ?

Tout simplement en rencontrant Daphné dans l’exercice de sa profession. L’idée est apparue comme une évidence. Je suis donc retourné dans le théâtre érotique dans lequel je l’avais vue pour la première fois et lui ai laissé mon nom et mes coordonnées, lui disant que je serais intéressé à la rencontrer pour faire un film sur/autour/avec elle sans savoir le moins du monde quelle forme pourrait prendre ce film.


la mouche cf 
Comment s’est construite l’équipe du film ? Avez-vous plutôt cherché à travailler avec des hommes ou des femmes pour ce film ?

L’équipe du film s’est constituée à l’image de ce point de départ, au gré de rencontres successives tout au long de son élaboration. J’avais rencontré Jean-Christophe Soulageon lors du festival de Clermont-Ferrand 1999 et nous étions en contact depuis ce temps. Ayant obtenu un financement du CNC au titre de l’aide au programme, il souhaitait que le film soit terminé fin 2013. Or je ne pouvais pas le réaliser durant cette période et de plus j’avais besoin d’un appui technique et logistique pour certaines parties de l’animation. J’ai donc proposé à Sylvain Derosne d’entrer sur le projet et plutôt qu’il soit directeur de l’animation, il me semblait plus juste et surtout plus intéressant de lui proposer une co-réalisation. Il a donc assuré le suivi et la fabrication de 90% du film, assisté des techniciens et des moyens techniques du studio Manuel Cam. Un grand nombre de choix artistiques sont les siens.

Julien Signolet, le sculpteur, est un ami de mon quartier. J’étais en train de réfléchir au film lorsqu’il m’a parlé de collaborer ensemble sur un lien entre sculpture sur bois et animation. Il est ainsi entré dans le projet de façon naturelle. Je me suis occupé de cette partie « sculpture », seul avec lui, grâce au soutien logistique de Florian Duval, producteur chez Double-mètre animation.

Pas de choix délibéré de travailler plutôt avec des hommes ou avec des femmes. C’est le hasard. La musique en est le fruit. J’ai rencontré Juliette Armanet alors que le film était presque terminé et que nous nous posions la question de la musique pour la séquence de la danse de la feuille. Là aussi il m’a semblé évident et naturel que ce soit elle qui fasse cette musique, en collaboration avec son associé Manuel Peskine. Le morceau que l’on entend dans le film est une chanson de son premier album qui sortira prochainement, dont nous n’avons gardé que le refrain. Elle semblait avoir été écrite pour le film.

L’ensemble du tournage est constellé d’autres rencontres fortuites de ce type mais je ne vais pas m’étendre.

L’équipe s’est donc constituée par intuition et désir.


la mouche cf 
Le témoignage entendu est-il le témoignage original de Daphné ou l’avez-vous retravaillé avec une comédienne ?

C’est celui de Daphné. Après notre première rencontre en dehors de son lieu de travail nous nous sommes vus deux fois. Il y a environ 6 heures d’entretien. Les questions étaient simples et suivaient la structure de l’on retrouve dans le film. Je souhaitais partir de ce qu’elle expose, son corps, mais en le considérant comme une enveloppe protectrice davantage que comme l’exposition d’une quelconque intimité. Ma première question fut donc « décris-toi », et c’est le début du film. Puis, petit à petit, je suis allé de plus en plus vers l’intérieur, le cœur, en passant par le regard des spectateurs sur elle, son regard sur les spectateurs et ainsi de suite. Evidemment, beaucoup de choses ont été mises de côté.

Là où mon intuition fut bonne (et je m’étonne encore de cela), c’est que je suis tombé sur quelqu’un qui avait un discours très élaboré sur ce travail et sur sa position. Daphné parle bien, très bien même. Mais ce qu’on entend est bien un montage de ce qui a été pris sur le vif.


la mouche cf 
On comprend rapidement la métaphore avec la femme qui témoigne dans vos animations de plantes. On s’attendrait à davantage de roses et de glaïeuls, mais vous avez choisi de représenter majoritairement des arbres, solides et majestueux. Pourquoi ce choix ?

Comme je le disais, j’ai considéré que le corps, outil de travail de Daphné, était une protection, une écorce. Il y a l’écorce, et sous cette écorce différentes strates pour arriver au cœur. L’arbre est donc arrivé naturellement. Il m’intéressait de traiter une activité aussi urbaine avec des éléments naturels, d’autant que Daphné elle-même en parle comme d’une seconde nature.

Pour autant, c’est une activité crue, rude, brute. On n’est pas dans un effeuillage intime et domestique. L’arbre est donc plus juste que la rose, car il faut avoir un certain cran pour faire cela par choix.

Par ailleurs, l’arbre c’est le bois, et ce bois est malléable. On pouvait donc jouer avec de nombreux aspects de ce matériau, de l’écorce à la sève. Il est majestueux mais peut être réduit en poussière, voire brûlé. Mais il peut aussi devenir un objet ou une œuvre d’art.

Enfin, le prénom Daphné fait référence au mythe de Daphné et Apollon dans lequel Apollon pourchasse Daphné pour la posséder, et celle-ci est transformée, par le pouvoir de son père Penée, en laurier. Elle échappe ainsi aux ardeurs d’Apollon. Le laurier est un arbre.


la mouche cf 
Aujourd’hui en France, on parle d’interdire la prostitution car des jeunes femmes sont abusées, enlevées ou enfermées pour exercer cette activité. Le témoignage de Daphné semble aller dans un autre sens puisqu’elle paraît libre d’aller au-delà de la danse quand elle le souhaite ou non, et surtout libre de choisir ses clients. Avez-vous parlé avec Daphné de ce sentiment de libre choix ? 

Oui. Il est important pour elle d’exercer cette activité par choix. C’est une partie de son discours qui aurait pu figurer dans le film : Daphné est féministe, elle souhaite disposer de son corps comme elle l’entend. Pour autant, ce discours est un peu contradictoire avec sa position puisqu’elle est sujette à une entreprise qui lui assure une certaine protection mais lui impose ses conditions. Aujourd’hui, Daphné s’est affranchie de cette entreprise et exerce son activité, dans un contexte ouvertement plus théâtral, en étant son propre patron.

Mais attention, Daphné est strip-teaseuse et non prostituée. Ce qui se passe dans les « petits salons » ne tombe pas sous le coup de la loi. Elle ne fait qu’exécuter une danse privée de l’autre côté de la barrière, devant un seul client qui est, lui, libre de faire ce qu’il veut tant qu’il ne franchit pas cette barrière.


la mouche cf 
Pourquoi n’avoir récolté qu’un seul témoignage et aucun sur la question de la prostitution forcée ?

Parce que ce n’est pas le sujet du film ni son origine. Il ne s’agissait pas de faire un documentaire sur le travail du sexe en France aujourd’hui, mais de faire un portrait. C’est la personne qui m’intéresse et non son activité.


la mouche cf 
Le témoignage de Daphné nous donne à entendre la satisfaction qu’elle tire de son travail et le besoin qu’elle a de prouver qu’elle est compétente dans son activité. Vous attendiez-vous à ce regard sur son travail, comme celui d’un employé de bureau sur ses dossiers à faire ?

Oui et non. Je parlais plus haut de notre première rencontre. Si je suis étonné d’être tombé sur cette personne, je pense que le hasard seul n’est qu’un élément de cette rencontre. Il y avait plusieurs filles ce jour-là, évidemment. Mais je crois que je suis allé la voir, elle, tout simplement parce que je me suis reconnu en elle, parce qu’elle me ressemble, parce qu’elle semblait appartenir au même monde que moi.


la mouche cf 
Daphné évoque la question du salaire. Elle semble estimer être payée trop peu, pourtant elle ne s’offre pas d’augmentation… Pourquoi n’avez-vous pas discuté de la fixation des tarifs, sont-ils décidés en commun avec d’autres danseuses ? Daphné a-t-elle peur de perdre ses clients réguliers si elle augmente ?

Au moment des entretiens, Daphné travaillait pour le compte d’une entreprise qui fixait ses salaires. Elle n’était donc pas libre de fixer ses tarifs. Ce n’est pas une prostituée. C’est une danseuse dont l’activité relève du spectacle vivant, légale et déclarée. En revanche, elle parle dans le film d’une fluctuation de ce revenu en fonction des clients, sous forme de pourboires qui peuvent parfois monter haut.


la mouche cf 
À un moment du film, l’animation m’a semblé suggérer que Daphné se sculptait à travers le regard des hommes. Pensez-vous que la « construction de soi » passe par le regard de l’autre ?

Oui, évidemment. Mais Daphné, qui est cet arbre au départ, est, comme tout le monde, un être multiple. Son activité peut la réduire en miettes ou en cendres, mais peut aussi la sublimer. Les regards bienveillants ou désirants de ses clients la mettent évidemment en valeur. Pas tant pour sa beauté que pour sa présence. Ces regards lui font du bien car elle se sent importante à ce moment-là pour ces gens-là. Le regard sculpte le bois pour en faire une forme artistique, belle. C’est un objet, certes, mais une sculpture est un objet bien particulier quand même…

 
la mouche cf 
Daphné ou la belle plante
est une production française. Selon vous, dans le court-métrage, qu’est-ce que la production française apporte que les autres n’ont pas ?

Je serais bien en peine de répondre à cette question, n’ayant jamais été produit ailleurs qu’en France et n’ayant pas une connaissance fine des enjeux de la production à l’international. Je vous renvoie à Jean-Christophe Soulageon pour une meilleure réponse.

 

Pour voir Daphné ou la belle plante, rendez-vous aux séances de la Compétition Nationale F2.

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